Urine au jardin : peut-on s'en servir comme engrais ?

Urine au jardin : peut-on s'en servir comme engrais ?

Les notions du dossier

L'urine est un liquide composé essentiellement d'eau, dans lequel l'organisme élimine les déchets solubles issus de son fonctionnement. Son principal composé azoté est l'urée, une petite molécule produite par le foie à partir de l'azote des protéines consommées. Elle contient aussi des sels minéraux, notamment du potassium, du sodium, des chlorures et des phosphates.

Une fois émise, l'urine évolue rapidement. Sous l'action d'une enzyme, l'uréase, produite par des bactéries présentes dans l'environnement, l'urée se transforme en ammoniac. C'est ce qui explique l'odeur caractéristique d'une urine stockée. Cette transformation élève le pH et rend une partie de l'azote volatile : sans couvercle, l'azote s'échappe dans l'air sous forme d'ammoniac. D'où la recommandation de stocker l'urine dans un récipient fermé.

Au jardin, l'azote de l'urine est donc apporté principalement sous forme d'ammonium, qui sera transformé dans le sol en nitrate par des bactéries, puis absorbé par les racines. Cette forme rapidement disponible la rapproche, par son mode d'action, d'un engrais azoté soluble plus que d'un amendement organique. Elle n'apporte pratiquement pas de matière organique et ne contribue pas à la structure du sol.

L'urine contient aussi du sel. Apportée pure et de manière répétée au même endroit, elle peut entraîner une accumulation de sels dans le sol, défavorable aux plantes. C'est l'une des raisons pour lesquelles on la dilue fortement avant usage au jardin.

Le recyclage de l'urine fait l'objet de programmes de recherche en France et en Suisse, sur la séparation à la source dans les bâtiments, la collecte, la stabilisation et la transformation en engrais. En Suisse, un engrais liquide issu d'urine traitée est ainsi commercialisé. Ces filières visent un usage à grande échelle, avec des procédés de traitement sans commune mesure avec un usage domestique au potager.

Usages au jardin

Urine au jardin : peut-on s'en servir comme engrais ?

Une vieille pratique paysanne revient dans l'actualité. Ce qu'elle apporte vraiment, et les règles à respecter si tu veux essayer.

Un voisin t'a juré que ses tomates n'avaient jamais été aussi belles depuis qu'il les arrose « au pipi ». Tu as souri. Puis tu as lu que des chercheurs s'y intéressent sérieusement.

Oui, l'urine peut servir d'engrais au jardin. Elle contient l'essentiel de l'azote que nous rejetons : selon l'institut de recherche suisse Eawag, 85 à 90 % de l'azote excrété par l'être humain se retrouve dans l'urine, ainsi que 80 à 90 % du potassium. Mais elle s'utilise à certaines conditions : stockée dans un récipient fermé avant usage, fortement diluée dans l'eau d'arrosage, et avec un délai avant la récolte des légumes mangés crus. La Société nationale d'horticulture de France résume sa position en trois mots : « oui, mais… ».

Que contient l'urine, au juste ?

Surtout de l'eau, et une bonne dose de ce dont les plantes ont besoin.

L'azote y est présent principalement sous forme d'urée, que le foie fabrique à partir des protéines que nous mangeons. Une fois l'urine stockée, l'urée se transforme en ammoniac : c'est ce qui lui donne son odeur forte. On y trouve aussi du potassium, du phosphore et du sel.

Part de nos excrétions retrouvée dans l'urine Ordre de grandeur
Azote 85–90 %
Potassium 80–90 %
Phosphore 50–80 %

D'après la fiche d'information de l'Eawag, Institut fédéral suisse des sciences et technologies de l'eau. Le reste est éliminé dans les selles.

Ce qu'elle n'apporte pas, en revanche, c'est de la matière organique. L'urine nourrit la plante, pas le sol : elle ne remplace ni le compost ni le paillage.

Pourquoi en parle-t-on autant aujourd'hui ?

Parce que l'azote coûte cher, et que celui de l'urine part dans les égouts.

La plupart des engrais azotés sont fabriqués à partir de gaz naturel. Quand son prix grimpe, celui des engrais suit. Pendant ce temps, l'azote de nos urines finit dans le réseau d'assainissement, où il faut dépenser de l'énergie pour l'éliminer avant de rejeter l'eau dans les rivières. D'où l'intérêt de la recherche pour la collecte séparée de l'urine, à la source.

Le saviez-vous

Paris collectait encore régulièrement l'urine comme fertilisant jusqu'à la fin du XIXe siècle. Et c'est en distillant de l'urine qu'un chimiste allemand, Brandt, a découvert le phosphore en 1669.

Comment l'utiliser au potager ?

Trois règles : stocker, diluer, doser avec modération.

Étape Repères de la SNHF
Stocker Dans un bidon fermé, pour limiter les odeurs et les pertes d'azote. Laisser reposer au moins un mois avant usage.
Diluer 1 volume d'urine pour 10 à 20 volumes d'eau, dans l'arrosoir.
Arroser Au pied des plantes, pendant leur période de croissance.
Doser Ne pas dépasser environ 2 litres d'urine par m² et par an si tu n'apportes pas d'autre source d'azote.

Pourquoi diluer autant ? Parce que l'urine contient du sel. Versée pure et à répétition au même endroit, elle finit par saler la terre, ce que les plantes n'aiment pas du tout. Une exception : sur le tas de compost, l'urine peut être versée pure, sans stockage préalable. Elle l'humidifie et relance l'activité des micro-organismes. Pense à le retourner régulièrement et à ne pas le détremper, pour éviter les odeurs.

Sur quelles plantes, et lesquelles éviter ?

Toutes les cultures n'en tirent pas le même profit.

L'urine apporte surtout de l'azote, et proportionnellement peu de potassium. Pour les plantes cultivées pour leurs fleurs, leurs fruits ou leurs tubercules, il faut donc compléter l'apport en potassium, par exemple avec un compost enrichi en cendre de bois.

À retenir

Inutile pour les pois, haricots et fèves : ces légumineuses captent elles-mêmes l'azote de l'air. Et prudence sur sol froid, sous 15 °C environ : certaines plantes tolèrent mal l'ammonium, en particulier les cucurbitacées (concombre surtout) et le fraisier en production. La tomate, le poivron et l'aubergine y sont moins sensibles.

Quelles précautions sanitaires ?

L'urine est presque stérile à sa sortie du corps. C'est ensuite que les choses se compliquent.

Elle peut ensuite se contaminer, notamment au contact de matières fécales. Elle contient aussi une grande partie des résidus de médicaments que nous éliminons. Le stockage dans un récipient fermé, où l'ammoniac se forme, aide à réduire ces risques : d'où le délai d'au moins un mois avant usage. L'OMS retient un mois minimum à 20 °C, le Danemark trois mois.

Pour les légumes mangés crus, la SNHF recommande de laisser un mois entre le dernier arrosage à l'urine et la récolte.

Questions fréquentes

Peut-on arroser ses plantes avec de l'urine ?
Oui, à condition de la stocker au moins un mois dans un récipient fermé, puis de la diluer à raison de 1 volume pour 10 à 20 volumes d'eau, selon les repères de la Société nationale d'horticulture de France.
Pourquoi faut-il diluer l'urine ?
Parce qu'elle est concentrée en azote et contient du sel. Pure et répétée au même endroit, elle peut abîmer les plantes et saler le sol.
Combien de temps faut-il stocker l'urine ?
Au moins un mois dans un récipient fermé, selon la SNHF, qui s'appuie sur la recommandation de l'OMS (un mois minimum à 20 °C). Le Danemark retient trois mois.
Y a-t-il un délai avant de récolter ?
Oui, pour les légumes consommés crus : la SNHF recommande un mois entre le dernier apport et la récolte.
L'urine remplace-t-elle le compost ?
Non. Elle apporte de l'azote, du potassium et un peu de phosphore, mais pratiquement pas de matière organique. Elle nourrit la plante, pas le sol.
Sur quelles plantes est-elle inutile ?
Sur les légumineuses comme les pois, les haricots ou les fèves, qui fixent elles-mêmes l'azote de l'air.

Sources

Conseil scientifique de la Société nationale d'horticulture de France (SNHF), « L'urine comme engrais au jardin ? Oui, mais… », qui s'appuie notamment sur les recommandations de l'Organisation mondiale de la santé (2006). Eawag, Institut fédéral suisse des sciences et technologies de l'eau, fiche d'information sur l'urine.

Article d'information générale. Les repères de dilution, de stockage et de délai sont ceux publiés par la SNHF pour un usage domestique et familial.

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