Les algues au jardin : à quoi ça sert ?

Les algues au jardin : à quoi ça sert ?

Les notions du dossier

Les algues brunes constituent un groupe d'organismes photosynthétiques marins dont la biologie diffère profondément de celle des plantes terrestres. Elles ne possèdent ni racines, ni tiges, ni feuilles au sens anatomique : leur appareil végétatif, appelé thalle, se compose d'un crampon qui assure la fixation au substrat rocheux, d'un stipe et de lames. Le crampon ne prélève rien du support ; toute la nutrition se fait par échange direct avec l'eau de mer sur l'ensemble de la surface.

Cette absence de vaisseaux conducteurs explique une partie de leur composition. Là où une plante terrestre investit dans la lignine et la cellulose pour se tenir debout et transporter la sève, une algue brune, portée par l'eau, développe des polysaccharides souples qui lui permettent de résister à la traction des vagues sans se rompre. Les alginates appartiennent à cette famille : ce sont des polymères de la paroi cellulaire, capables de fixer de grandes quantités d'eau et de former des gels en présence de calcium. Cette propriété est à l'origine de leur usage industriel comme épaississants, bien au-delà du jardin.

Les algues brunes accumulent également des sucres-alcools et des minéraux à des concentrations élevées. Vivant dans un milieu dont la salinité varie avec les marées, la pluie et l'évaporation, elles doivent en permanence équilibrer leur pression osmotique interne : le mannitol joue ce rôle de régulateur, et sa teneur fluctue au fil des saisons. Les cendres, c'est-à-dire la fraction minérale, y sont bien plus abondantes que chez les végétaux terrestres, ce qui reflète la richesse ionique de l'eau de mer.

La conséquence pratique est qu'aucune analyse de composition n'est transposable telle quelle. Les valeurs publiées sont des ordres de grandeur, et la variabilité réelle dépend de l'espèce, du mois de récolte, de la position sur l'estran, de la température de l'eau et du stade de développement du thalle. Un même champ d'algues échantillonné en mars et en septembre ne donne pas les mêmes chiffres.

Enfin, la matière organique d'origine marine se distingue de celle du compost ou du fumier par sa composition et par sa vitesse de dégradation. Elle est pauvre en lignine, ce qui la rend plus rapidement assimilable par la vie du sol, et riche en fractions solubles. Ce paramètre est celui qui intéresse l'agronomie : ce n'est pas tant la teneur en un élément donné que la nature et le rythme de mise à disposition de la matière qui distinguent un apport d'un autre.

Le goémon & l'algue

Les algues au jardin : à quoi ça sert ?

Un geste breton vieux de plusieurs siècles, une matière étonnamment riche, et trois façons de s'en servir aujourd'hui.

Tu as vu ces bidons d'extrait d'algue en jardinerie, ou ce sac de poudre brune, et tu t'es demandé à quoi ça sert exactement. La réponse tient d'abord dans une histoire : sur le littoral breton, on ramasse les algues pour nourrir la terre depuis le Moyen Âge.

Les deux algues brunes les plus utilisées au jardin sont l'Ascophyllum nodosum, le goémon noir, et la Laminaria digitata, la laminaire digitée. Ce qu'elles apportent, c'est avant tout de la matière organique d'origine marine et des éléments naturellement présents. Leur composition en matière sèche comprend, selon la littérature scientifique, de l'ordre de 15 à 30 % d'alginates, 5 à 10 % de mannitol et 15 à 25 % de minéraux. Trois formes d'usage coexistent : dilué dans l'eau d'arrosage, pulvérisé sur le feuillage, ou incorporé au sol en amendement de fond. Elles ne remplacent pas un sol vivant : elles l'accompagnent.

Depuis quand utilise-t-on les algues au jardin ?

Assez longtemps pour que ça ait laissé des traces dans le droit et dans le paysage.

L'emploi des algues pour amender les terres est attesté en Bretagne dès le Moyen Âge, et il s'intensifie à partir du dix-huitième siècle le long des côtes de la Manche et de l'Atlantique. Le mot lui-même, goémon, vient du breton gwemon.

Récolte du goémon sur le littoral breton
La récolte du goémon en Bretagne est inscrite à l'Inventaire du patrimoine culturel immatériel en France.

Cette ressource était si précieuse qu'elle a tès tôt été encadrée : l'ordonnance de la Marine de Colbert, en 1681, complétée pour la Bretagne en 1685, réglementait déjà la coupe du varech. Les agriculteurs de la côte comme de l'intérieur se disputaient ces « engrais de mer », transportés en charrettes vers les terres à amender.

Le saviez-vous

La Bretagne est, depuis le dix-neuvième siècle, la première région productrice d'algues en France. Le pays de Léon, dans le nord du Finistère, en concentre l'essentiel.

Que contient réellement une algue brune ?

Des ordres de grandeur, pas des constantes — et c'est la première chose à comprendre.

L'Ascophyllum nodosum et la Laminaria digitata poussent toutes deux sur les côtes rocheuses de l'Atlantique Nord. Leur composition a été largement décrite par la littérature scientifique.

Composition type (matière sèche) Ordre de grandeur
Glucides totaux 40–70 %
Alginates 15–30 %
Mannitol 5–10 %
Protéines 5–10 %
Minéraux (cendres) 15–25 %

Ordres de grandeur d'après la littérature scientifique (revue publiée dans Marine Drugs, 2024). La composition réelle varie selon l'espèce, la saison et le lieu de récolte.

On y trouve notamment des alginates et du mannitol, deux composés naturels des algues brunes, ainsi que des minéraux et oligo-éléments naturellement présents — azote, potassium, calcium, magnésium, fer, manganèse, zinc. C'est cette diversité qui explique l'intérêt ancien des jardiniers pour cette matière.

Qu'est-ce que ça change pour le sol ?

Ce que les agronomes regardent, ce n'est pas tant la teneur en un élément que la nature de la matière apportée.

Parmi les composés des algues brunes, les alginates retiennent particulièrement l'attention : ce sont des polysaccharides qui, dans le sol, participent à la rétention de l'eau et à la structure de la terre. Le mannitol, lui, est un sucre-alcool naturellement présent dans l'algue, où il joue un rôle de régulateur osmotique.

À retenir

Les algues apportent surtout de la matière organique et des éléments naturellement présents. Elles ne remplacent pas un sol vivant et bien entretenu : elles l'accompagnent, comme le faisaient déjà les anciens en complément du fumier.

Sur les leviers de fond qui font un sol vivant — couverture, matière organique, structure — tu trouveras l'essentiel dans nos articles sur le paillage et les engrais verts.

Comment les jardiniers l'utilisent-ils ?

Trois formes coexistent aujourd'hui, héritières d'un même geste.

Historiquement, le goémon était épandu directement sur les champs : coupé au printemps, en avril ou mai, il était étalé puis enfoui à l'automne après les récoltes.

Forme d'usage En pratique
Au sol, dilué dans l'eau d'arrosage La forme la plus courante pour un extrait liquide : on dilue, puis on arrose au pied des plantes.
En pulvérisation sur le feuillage Une application foliaire, tôt le matin ou en fin de journée, hors plein soleil.
En amendement de fond L'usage traditionnel, avec de l'algue brute ou de la poudre : la matière est incorporée au sol.

Poudre, paillage ou extrait liquide ?

Chaque forme a sa logique, et le choix dépend surtout de ce que tu veux en faire.

Le paillage d'algues fraîches ou la poudre conviennent à l'amendement de fond, quand l'objectif est d'apporter du volume de matière une fois dans la saison. L'extrait liquide, lui, est apprécié pour sa simplicité d'usage au quotidien : un bidon concentré, à diluer, qui se conserve et s'emporte facilement.

C'est cette voie qu'a choisie BRUMA : un extrait de deux algues brunes bretonnes — le goémon noir et la laminaire digitée — récoltées et transformées sur nos côtes, à diluer dans l'eau.

Questions fréquentes

Quelles algues utilise-t-on au jardin ?
Les deux algues brunes les plus employées sont l'Ascophyllum nodosum, appelé goémon noir, et la Laminaria digitata, la laminaire digitée. Toutes deux poussent sur les côtes rocheuses de l'Atlantique Nord.
Que contient une algue brune ?
En matière sèche, la littérature scientifique donne des ordres de grandeur de 40 à 70 % de glucides totaux, 15 à 30 % d'alginates, 5 à 10 % de mannitol, 5 à 10 % de protéines et 15 à 25 % de minéraux. Ces valeurs varient selon l'espèce, la saison et le lieu de récolte.
Les algues remplacent-elles le compost ou le fumier ?
Non. Elles apportent de la matière organique et des éléments naturellement présents, mais ne se substituent pas à un sol vivant et bien entretenu. Historiquement, elles étaient d'ailleurs employées en complément du fumier, pas à sa place.
Peut-on ramasser soi-même des algues sur la plage ?
Le ramassage des algues échouées sur le littoral est encadré, et les règles varient selon les communes et les départements. Renseigne-toi auprès de ta mairie ou de la délégation à la mer et au littoral avant de récolter, y compris pour un usage domestique.
Depuis quand emploie-t-on les algues comme amendement ?
L'usage est attesté en Bretagne dès le Moyen Âge et s'intensifie à partir du dix-huitième siècle. L'ordonnance de la Marine de 1681, complétée pour la Bretagne en 1685, réglementait déjà la coupe du varech.

Sources

Generalova Y. et al., « Ascophyllum nodosum from Arctic : Biochemical Composition », Marine Drugs, 2024. Inventaire du patrimoine culturel immatériel en France, « La récolte du goémon en Bretagne ». Ordonnance de la Marine, 1681, titre relatif à la coupe du varech ; édition spéciale pour la Bretagne, 1685. « Au-delà du littoral. La diffusion des engrais de mer en Bretagne au XIXe siècle », Annales de Bretagne et des Pays de l'Ouest, 2023.

Article d'information générale. Les valeurs de composition citées sont des ordres de grandeur issus de la littérature scientifique et ne décrivent pas un produit en particulier.

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